It's time for child care for all - Des services de garde éducatifs pour tous

28 juin 2021

Un enfant, une place Nouvelle-Écosse est une coalition qui préconise un système d’apprentissage et de garde des jeunes enfants universel, complet, financé par l’État, de qualité, abordable, accessible, responsable et sans but lucratif en Nouvelle-Écosse.

On sait que des ententes bilatérales sont en cours de négociation avec le gouvernement fédéral au sujet du financement annoncé dans le budget de ce dernier. Il est en effet essentiel que nous mettions en œuvre d’urgence et avec soin un plan qui tienne compte des répercussions sur les enfants, les familles, le personnel d’éducation de la petite enfance et les programmes d’apprentissage et de garde des jeunes enfants en Nouvelle-Écosse. 

Nous croyons qu’il faut financer les immobilisations et les activités afin de :

  1. élargir les services de garde d’enfants à temps plein, à coût abordable et sans but lucratif pour tous les enfants de moins de douze ans;
  2. améliorer les salaires et les avantages sociaux du personnel des services de garde d’enfants;
  3. et garder les frais aux parents abordables.

Il faut développer un cadre stratégique qui guide les dépenses et qui fixe des cibles et des échéanciers pour la mise en œuvre d’un plan visant à atteindre ces objectifs.

En réponse à la demande du gouvernement de la Nouvelle-Écosse, nous sommes heureux de proposer des recommandations précises et de décrire nos considérations sur l’importance du déploiement d’un système pancanadien d’apprentissage et de garde des jeunes enfants. Voici nos réponses aux questions posées par le gouvernement :

Question 1 :

Alors que la Nouvelle-Écosse se prépare à ajouter des places, à diminuer les frais de garde et à soutenir l’accès aux services de garde pour les familles, quelles sont les trois principales choses que vous aimeriez voir le gouvernement changer/mettre à jour/modifier ou introduire/envisager pour soutenir au mieux l’accès à plus de places dans toutes les régions de la province?

RÉPONSE : 

  1. Le gouvernement doit s’engager dans un plan (avec des cibles et des échéanciers) pour garantir que l’accès aux places en garderie, actuelles et nouvelles, soit universel et abordable, tout en améliorant la qualité des programmes et en les rendant plus inclusifs et culturellement sécuritaires. Cela nécessitera de changer considérablement le financement, la prestation et la gestion globale de l’offre de services d’apprentissage et de garde des jeunes enfants.
  2. La gestion, la supervision et le financement de l’expansion des garderies publiques à but non lucratif doivent être confiés à l’État dans toute la province. Celui-ci devra fournir des fonds publics et un soutien technique déterminés en fonction des besoins, y compris la géographie, l’âge de l’enfant, les besoins de la famille (p. ex. temps partiel ou temps plein, heures d’ouverture flexibles), les besoins d’apprentissage des enfants, les besoins culturels et linguistiques, et d’autres considérations d’équité. Les investissements en capital pour construire de nouvelles garderies doivent appartenir au gouvernement, la priorité devant être accordée à l’utilisation des propriétés et locaux publics existants. 
  3. Le gouvernement doit élaborer une stratégie de la main-d’œuvre dans l’éducation de la petite enfance afin de satisfaire les besoins en recrutement et en rétention nécessaires à la création d’un système d’apprentissage et de garde des jeunes enfants, en veillant à ce qu’il y ait des ressources adéquates pour le perfectionnement professionnel rémunéré, un salaire et des avantages sociaux équitables et concurrentiels, ainsi que des espaces de formation et des bourses supplémentaires pour offrir des possibilités d’éducation abordables, voire gratuites, dans nos programmes postsecondaires publics. 

Question 2

Le gouvernement du Canada veut s’assurer que d’ici 2025-2026, les frais de garde d’enfants soient réduits à une moyenne de dix dollars par jour. Cela signifie que certaines familles pourraient payer moins de dix dollars et d’autres plus. Quelle approche le gouvernement devrait-il envisager dans ses décisions politiques concernant qui devrait payer moins ou plus? Soyez précis, si possible.

RÉPONSE :

  • Afin d’assurer l’universalité de la garde d’enfants, celle-ci ne doit pas être basée sur la capacité de payer, le statut d’employé ou le statut d’étudiant, comme c’est le cas avec le programme de subvention actuel, où on doit démontrer ses besoins socioéconomiques. Tous les enfants méritent d’avoir accès à des possibilités d’apprentissage précoce de qualité.
  • Nous croyons qu’aucune famille ne devrait payer plus de dix dollars, dans le but, éventuellement, de rendre ces services gratuits pour tous, tout comme l’éducation publique. Dix dollars par jour est un montant encore prohibitif pour certaines familles, y compris celles qui reçoivent de l’aide sociale ou qui touchent un bas salaire. 
  • Nous recommandons fortement que le gouvernement cesse de faire en sorte que les prestataires de services doivent compter sur les frais aux parents pour couvrir les coûts d’exploitation. Au lieu de cela, l’État devrait subventionner les établissements pour couvrir 100 pour cent des coûts d’exploitation, et les frais aux parents devraient être collectés centralement par l’État de manière progressive (peut-être via le système fiscal), en s’efforçant d’établir des frais provinciaux plafonnés et réglementés, fixés à un maximum de dix dollars par jour, avec gratuité pour les personnes en dessous de la mesure de faible revenu après impôt.¹ 
  • Cette conception simplifiée des frais aux parents permet au gouvernement de récupérer certains revenus tout en garantissant l’accessibilité du service. De plus, cette façon de percevoir les frais s’éloigne du programme de subventions actuel, qui est stigmatisé, bureaucratique et non universel. En outre, les seuils de celui-ci ne reflètent pas la réalité des personnes qui se démènent pour payer ces frais. 

Question 3

Par « système de garde d’enfants universellement accessible », on entend que tous les enfants seront acceptés, inclus et accueillis équitablement dans un cadre d’apprentissage préscolaire, indépendamment de leur origine ethnique, de leur langue, de leur foi, de leurs capacités, de leur sexe ou de leur sexualité et de leurs façons culturelles d’être et de savoir, à titre d’exemples. À votre avis, qu’est-ce qui est nécessaire pour maintenir (ou faire la transition vers) cette approche universellement accessible en ce qui concerne l’apprentissage professionnel, le coaching et le mentorat, les ressources, etc.?

RÉPONSE :

Un système de garde d’enfants qui est universellement accessible doit s’assurer que le principe d’inclusion est intégré au programme d’études, à la main-d’œuvre et dans la considération des besoins de services. 

  1. Programme d’études : En consultation, il incombe au gouvernement de veiller à ce que des services de garde de haute qualité basés sur le jeu, avec un programme d’études fondé sur des données probantes et adapté au développement de la clientèle, offrent des chances égales à tous les enfants de s’épanouir. 
  2. Formation : Nous recommandons de veiller à ce que les programmes de formation en EPE (diplômes) soient standardisés et offrent une formation cohérente, notamment pour répondre aux besoins de tous les enfants, qu’il s’agisse de leurs besoins d’apprentissage ou de leurs besoins culturels divers. Il faudrait offrir un perfectionnement professionnel rémunéré pour aider les EPE à recevoir une formation supplémentaire pour aborder l’inclusion. Il n’y a pas besoin de coaching supplémentaire si un financement est fourni pour aider le personnel à se former et à se préparer adéquatement, avec un processus d’évaluation des titres de compétences standardisé qui inclut cette formation.
  3. Main-d’œuvre : Le financement de services de garde de qualité entraîne l’offre d’un meilleur salaire et de meilleures conditions de travail à la main-d’œuvre de l’éducation de la petite enfance, à prédominance féminine, car les conditions de travail sont essentielles aux conditions d’apprentissage des enfants. En outre, il sera important d’embaucher une main-d’œuvre qui reflète la population, ce qui nécessitera des investissements pour diversifier la main-d’œuvre. 

Question 4

La recherche montre clairement que la meilleure façon d’avoir un programme de haute qualité est de s’assurer que les programmes d’apprentissage préscolaire et les garderies sont dotés d’éducateurs et d’éducatrices de la petite enfance (EPE) dûment formés. Reconnaissant qu’il y a des défis continus en matière de recrutement et de rétention du personnel dans le secteur de l’EPE à travers le pays et que les EPE sont l’épine dorsale de tout programme réussi, que devrait envisager le gouvernement pour s’assurer une main-d’œuvre forte, qualifiée et stable pour les décennies à venir?

RÉPONSE :

  • La question la plus importante à régler est la rémunération (salaire, congés de maladie payés, perfectionnement professionnel payé, assurances collectives, régime de retraite) des EPE. Cette rémunération doit être équitable et concurrentielle. Alors que l’inégalité entre les personnes employées dans le réseau préprimaire par le biais des centres d’éducation régionaux et celles qui ne le sont pas doit être corrigée, il reste encore beaucoup à faire. Le maintien en poste du personnel EPE actuel et le recrutement substantiel nécessaire exigeront que le programme de rémunération soit concurrentiel à l’échelle nationale et avec d’autres secteurs provinciaux.
    • Il est essentiel qu’on établisse une grille salariale provinciale qui offre une rémunération décente qui correspond à la formation, à l’expérience et à la valeur réelle de la contribution des EPE. 
    • Toute grille salariale doit prendre en compte la sous-valorisation systémique et sexiste du travail de soins dans les professions à prédominance féminine. 
    • Les décisions concernant la rémunération des EPE doivent être prises en collaboration avec les organisations représentant ces personnes, notamment les organisations syndicales.
  • Le financement des établissements devrait être en partie conditionnel à ce que les deux tiers du personnel possèdent une formation de niveau 2 ou 3. L’objectif devrait être d’éliminer tous les postes sans formation en soutenant les personnes qui ont besoin d’une mise à niveau avec une formation gratuite et rémunérée. Le fait d’avoir du personnel sans qualifications formelles (diplôme) alimente les idées fausses sur les compétences professionnelles nécessaires pour prodiguer l’éducation et les soins requis. 

Autres considérations

Notre message principal est que le gouvernement doit veiller à ce que la construction de ce système soit transparente, ouverte et fondée sur des données probantes, et que ce système comprenne des possibilités structurées significatives et permanentes pour accueillir la contribution du personnel de la petite enfance, des prestataires de services, des groupes communautaires et de parents, des syndicats, des communautés autochtones et du milieu de la recherche.

¹

 Les seuils de la MFRAI (2019) par taille de ménage sont : Taille du ménage seuil

1 – $25,153

2 – $35,572

3 – $43,566

4 – $50,306

Statistique Canada. Tableau 11-10-0232-01 Seuils de la Mesure du faible revenu (MFR) selon la source de revenu et la taille du ménage

DOI: https://doi.org/10.25318/1110023201-fra