It's time for child care for all - Des services de garde éducatifs pour tous

Le 15 décembre, la Coalition Ontarienne pour de Meilleurs Services éducatifs à l’enfance (OCBCC) et l’Association of Early Childhood Educators of Ontario (AECEO) ont organisé une table ronde d’urgence d’une heure en réponse à la pénurie critique d’éducatrices et d’éducateurs de la petite enfance dans la province. 

En Ontario, les lacunes dans l’offre de services de garde réglementés ont été exacerbées par la pandémie de COVID-19. Alana Powell, directrice générale de l’AECEO, a déclaré : « Nous tirons la sonnette d’alarme depuis 2015. L’approche fondée sur le marché est insuffisante dans la garde d’enfants. Et elle ne permet pas de gagner sa vie décemment. »

« En 2018, le gouvernement de l’Ontario avait promis d’imposer une échelle salariale d’ici avril 2020, a-t-elle ajouté. Nous sommes bien au-delà de cette date. Cette promesse non tenue n’a fait qu’alimenter la crise de main-d’œuvre que nous vivons aujourd’hui. » 

« La pandémie a mis en lumière toute l’importance des services de garde d’enfants. Et nous sommes la dernière province à adhérer [à l’initiative pancanadienne de garde d’enfants du gouvernement fédéral] », a déclaré Carolyn Ferns, coordonnatrice des politiques publiques et des relations gouvernementales à l’OCBCC. 

De nombreuses éducatrices et éducateurs de la petite enfance (EPE) qui ont participé à la table ronde ont souligné que le secteur et tous les gens qui y travaillent sont rendus au point de rupture à cause de la pénurie de main-d’œuvre. 

« Je ne trouve même pas d’EPE à embaucher », a déploré Franca Lombardi, directrice d’une garderie. Amy O’Neil, directrice générale d’une garderie, a également déclaré qu’elle n’arrive pas à trouver du personnel qualifié. Les offres d’emploi pour les postes d’EPE restent non comblées pendant des semaines faute de candidates ou de candidats qualifiés, a-t-elle précisé. 

Dans un sondage auprès des participantes et participants au webinaire, 83 pour cent ont déclaré avoir du mal à retenir du personnel qualifié et 89 pour cent ont déclaré constater un niveau plus élevé d’épuisement professionnel dans leur main-d’œuvre. 

En 2020, le gouvernement de l’Ontario a publié une stratégie de la main-d’œuvre qui visait à résoudre les problèmes du secteur. Sheila Olan-Maclean, PDG d’un important exploitant de garderies à but non lucratif, a raconté : « cette stratégie, nous en espérions des salaires plus élevés, de meilleurs avantages sociaux, de meilleures conditions de travail, et un régime de retraite pour notre domaine. Ce n’est pas ce à quoi nous avons eu droit. Non, ce que nous avons reçu, c’est une invitation à innover et à faire plus de perfectionnement professionnel. »

De nombreux participants et participantes ont souligné le manque de respect pour le travail de soins rémunéré, qui est en grande partie effectué par des femmes, et ont accusé le gouvernement de l’Ontario de ne pas comprendre la valeur de leur travail.

Plusieurs exploitantes et exploitants ont été contraints de fermer des salles et de plafonner les inscriptions faute de personnel. On perd des places en ce moment; comment pourrait-on en ajouter, compte tenu de la rareté de la main-d’œuvre ? 

Et les départs ajoutent de la pression sur le personnel qui reste et qui doit compenser. « Nous essayons de faire à peu près la même quantité de travail qu’avant, pour le double du nombre d’enfants et la moitié du temps », a déclaré une éducatrice. Une garderie a vu l’une de ses EPE servir de cuisinière, de superviseuse, de dépisteuse COVID et de remplaçante pendant les pauses. Elle travaillait de 6 h 30 à 18 h tous les jours. 

« Le secteur de la garde d’enfants a atteint le point de rupture », a insisté l’une des participantes, Lori Prospero. « Les répercussions de la pandémie sur la santé mentale sont directement liées à la charge de travail, à la gestion du stress et à la reconnaissance. Nous n’avons pas besoin d’une tape dans le dos, mais de reconnaissance sous la forme d’un accord sur la garde d’enfants avec le fédéral, puis d’une rémunération et de conditions de travail décentes dans l’ensemble du secteur. » 

Une autre participante a souligné le fait que le ministre de l’Éducation Stephen Lecce n’a pas abordé les problèmes qui affligent le secteur, mais qu’il a promis d’ajouter des places en garderie pour les familles : « Le gouvernement ne peut pas accroître le nombre de places si nous avons de la misère à trouver la main-d’œuvre pour les places actuellement disponibles ! » 

Selon Alana Powell, il existe une solution aux difficultés du secteur.

« L’OCBCC et l’AECEO ont publié une feuille de route pour les services de garde universels en Ontario, a-t-elle dit. Nous avons besoin d’un financement opérationnel complet et suffisant qui permette d’offrir une échelle salariale financée par l’État à partir de 25 dollars de l’heure pour tout le monde qui travaille dans notre secteur, incluant un programme de rémunération.

 Nous avons besoin de conditions de travail décentes, y compris des congés de maladie payés et du temps de planification collaborative payé dans le cadre de la journée de travail des éducatrices et des éducateurs. Nous avons besoin d’un accès à des communautés de pratique et à un apprentissage professionnel qui soit significatif et réactif sans devenir un fardeau pour le personnel. Nous avons besoin d’un cadre d’apprentissage de la main-d’œuvre de la petite enfance qui aborde les voies d’accès aux qualifications. Nous devons trouver des rôles professionnels et des échelles d’avancement qui permettent aux éducatrices d’entrer dans cette profession en se voyant terminer leur vie professionnelle dans cette carrière. »

Carolyn Ferns a conclu le webinaire en exhortant les participantes et les participants à réclamer des changements de politique. Elle a aussi adressé un appel aux décideuses et décideurs qui observaient la séance : « Merci d’avoir écouté les voix de la première ligne. J’espère que vous garderez en mémoire ces témoignages et ces arguments lorsque vous discuterez de la crise des services de garde qui sévit dans notre province. »