It's time for child care for all - Des services de garde éducatifs pour tous

Dès la fin de ses études secondaires, Tina a suivi une formation collégiale pour devenir éducatrice de la petite enfance (EPE). À ce titre, elle œuvre auprès des enfants et de leurs familles depuis 26 ans. « Le travail avec les tout-petits me donne beaucoup de plaisir », dit-elle, « mais nous traversons actuellement une période très difficile. » Bien que Tina soit toujours aussi passionnée par l’apprentissage et la garde des jeunes enfants, elle ne pense pas que les éducatrices et les éducateurs de la petite enfance reçoivent le soutien dont elles et ils ont besoin.

Tina a travaillé à St. Catherines, à Windsor et à Kitchener, en Ontario, ainsi que dans l’État du Michigan.

« J’ai travaillé à plein d’endroits dans ma carrière et j’ai vu beaucoup d’approches différentes en matière de garde d’enfants. J’ai été témoin de niveaux très variables de qualité de services et de conditions inégales pour les enfants, les familles et les éducatrices et éducateurs », explique Tina.

Elle ajoute que le modèle actuellement en vigueur partout dans la province, qui est basé sur le marché, fait en sorte qu’il n’y a pas assez de places en garderie agréée, que de nombreuses familles n’ont pas les moyens de payer les frais élevés qu’on leur exige et que les EPE sont sous-payé(e)s.

À l’heure actuelle, les garderies de l’Ontario ont de la difficulté à trouver suffisamment d’EPE qualifié(e)s et, par conséquent, elles ferment complètement des programmes ou des garderies. La garderie où travaille Tina est titulaire d’un permis qui l’autorise à accueillir un plus grand nombre d’enfants, mais elle n’est pas en mesure d’offrir ces places parce qu’elle n’arrive pas à embaucher d’autres EPE.

« Les enfants et leurs familles sont perdants lorsque nous ne pouvons pas remplir ces places », déclare Tina.

Selon Tina, il existe de nombreuses raisons pour lesquelles les garderies ont de la difficulté à recruter des travailleuses et des travailleurs et à les maintenir en poste.

« Nous ne sommes pas considéré(e)s comme des professionnel(le)s. Les gens nous appellent encore, moi et mes collègues, des “gardiennes d’enfants”. Il est tout simplement choquant que des personnes pensent encore de cette façon. C’est une incompréhension totale du travail que nous faisons et du rôle que nous jouons », dit-elle.

La pandémie de COVID-19 a exacerbé la crise de la main-d’œuvre.

« C’est vraiment frustrant d’être si mal payé quand il s’agit d’un travail aussi exigeant, tant sur le plan physique qu’émotionnel », explique Tina, qui souligne que les suppléments de salaire que la province verse actuellement ne constituent pas une solution durable ou raisonnable.

« Nous ne savons pas combien de temps durera le paiement de ce supplément de salaire, il peut être révoqué n’importe quand. Et si une ou un EPE gagne le salaire minimum, la majoration ne fait que le porter à 17 $ l’heure. Les EPE sont des professionnel(le)s qualifié(e)s — c’est inacceptable. »

Tina est d’avis que le gouvernement de l’Ontario doit signer une entente fédérale-provinciale sur l’apprentissage et la garde des jeunes enfants, comme l’ont fait l’ensemble des autres provinces et territoires au Canada. Le gouvernement doit mettre en place une grille salariale pour les EPE, puis financer publiquement les exploitants de garderie afin que ceux-ci puissent leur verser la rémunération la plus élevée prévue par cette entente. Sinon, les EPE continueront d’être sous-payé(e)s pour le travail essentiel qu’elles et ils accomplissent auprès des enfants et pour lequel elles et ils sont formé(e)s, dit Tina.

Selon Tina, il existe en Ontario de bons postes d’EPE, qui sont bien rémunérés, offrent des avantages sociaux et qui, entre autres mesures de qualité, versent des fonds appropriés pour les fournitures utilisées en classe. Cependant, pour occuper ces emplois, les EPE doivent souvent commencer par travailler comme suppléant(e)s et attendre longtemps avant d’obtenir un poste permanent à temps plein.

« Il ne devrait pas être possible que deux garderies voisines puissent offrir des niveaux de qualité de programmation aussi différents », dit Tina. « Tous les enfants méritent des services de qualité, et tous les EPE méritent d’être rémunéré(e)s correctement pour leur travail. »

Les tâches des EPE ont augmenté au cours de la pandémie, mais leurs bas salaires n’ont pas été majorés. Tina et les autres EPE de sa garderie doivent respecter un protocole de nettoyage strict, qui comprend notamment le lavage quotidien de tous les draps.

Tina note que le gouvernement de l’Ontario est toujours aussi inconscient des nombreuses difficultés auxquelles le secteur est confronté et n’a offert aucune aide financière pour soutenir les mesures de lutte contre la pandémie.

Il est exaspérant que l’Ontario soit la seule province à ne pas avoir conclu d’entente fédérale-provinciale sur les services de garde d’enfants, affirme Tina.

« J’ai vraiment l’impression que Stephen Lecce et Doug Ford ont vraiment peu de respect pour les services de garde d’enfants et pour ce que nous faisons réellement. Nous sommes plus qu’un endroit où les parents peuvent mettre leurs enfants pendant qu’ils vont travailler. Nous sommes un élément précieux de la société, nous répondons aux besoins de tous les enfants, quelles que soient leurs capacités. Ford et Lecce ne nous reconnaissent tout simplement pas du tout », dit-elle.

« Le fait que le gouvernement se traîne les pieds et dise qu’il ne peut pas signer l’entente parce qu’elle devrait couvrir le programme de maternelle à temps plein du système d’éducation, c’est comme un coup de poing à la figure pour nous tous qui travaillons dans le domaine des services de garde d’enfants », s’exclame Tina. Après tout, ce financement n’a jamais été destiné à couvrir les frais du système éducatif. « Cela démontre une fois de plus le manque de compréhension du ministre de l’Éducation, M. Lecce, quant à ce qu’est réellement la garde d’enfants. »