It's time for child care for all - Des services de garde éducatifs pour tous

Rachel est une éducatrice de la petite enfance (EPE) en Ontario. Elle a travaillé dans des centres de la petite enfance agréés, est titulaire d’un baccalauréat en études de la petite enfance et est sur le point de commencer sa maîtrise en études de la petite enfance à l’Université Toronto Metropolitan à l’automne. Rachel est une ardente défenseure de services de garde éducatifs à l’enfance (SGEE) abordables et de qualité. Or, elle sait que cela n’est possible qu’avec une stratégie de main-d’œuvre de qualité qui valorise et rémunère les EPE et tout le personnel des services éducatifs à l’enfance pour leur travail essentiel.

L’entente sur les SGEE récemment signée par l’Ontario et le fédéral diminue les frais des parents de 25 pour cent à compter du 1er avril 2022 et de 25 pour cent de plus, en moyenne, d’ici la fin de l’année. Le coût d’une place tombera à dix dollars par jour en moyenne d’ici septembre 2025. Enfin, on ajoutera 71 000 places réglementées au cours des quatre prochaines années.

Toutefois, le principal obstacle à cette expansion est l’incapacité du gouvernement ontarien à résoudre la crise de recrutement et de rétention du personnel. Celui-ci a fixé un plancher salarial de dix-huit dollars l’heure pour les EPE agréés. Ce salaire n’augmentera que d’un dollar par année jusqu’à ce qu’il atteigne 23 dollars l’heure.

Selon Rachel, la crise de main-d’œuvre ne fera qu’empirer avec ce plan. Elle juge le plancher salarial de dix-huit dollars « honteux ». Pour que cette entente réussisse, il faudra prioriser la main-d’œuvre.

« Je pense qu’il est très difficile de quantifier le travail de soins, de le chiffrer, dit-elle. C’est un travail très dynamique. Comment créer une case à cocher et dire “voilà combien valent ces soins »? D’autant plus que ce sont principalement des politiciens masculins qui établissent les règles qui encadrent une main-d’œuvre largement féminine. » 

Bien que les SGEE aient toujours été un domaine exigeant, sous-payé et sous-valorisé, ajoute-t-elle, les EPE fuient le secteur comme jamais auparavant.

Elle affirme que plus de la moitié des étudiantes et étudiants du programme de baccalauréat en études de la petite enfance qu’elle vient de terminer ont l’intention de faire un diplôme en éducation primaire et secondaire. « Ils quittent la profession avant même d’y faire leur entrée », déplore-t-elle. 

La pandémie de COVID-19 et la hausse du coût de la vie ont également eu un impact sur la crise de main-d’œuvre, explique Rachel : « Les deux se croisent, c’est sûr. » 

Pendant trop longtemps, les gouvernements se sont attendus à ce que les gens, en particulier les femmes racisées, se débrouillent. Ce n’est même plus possible, selon Rachel. Avec l’état actuel des SGEE et l’augmentation du coût de la vie, de nombreuses personnes ne peuvent plus se permettre de rester dans la profession, peu importe à quel point elles le souhaitent.

« Je n’ai pas encore rencontré quelqu’un dans la vingtaine ou la trentaine qui veut encore vivre chez ses parents, qui veut accepter l’aide financière de parents qui peuvent l’offrir, qui ne veut pas acheter de maison, qui veut stresser sur l’argent chaque fois qu’il va à l’épicerie. Cette situation, nous la subissons. Les jeunes qui étudient dans les services de garde éducatifs à l’enfance ont des rêves comme n’importe qui d’autre. Notre secteur ne peut même pas commencer à subvenir à leurs besoins. »

Rachel s’inquiète pour l’avenir des SGEE. 

Beaucoup d’EPE ne peuvent pas se permettre de vivre dans la communauté où elles travaillent, ce qui les oblige à faire de longs aller-retour au travail. « Pouvons-nous vraiment créer un environnement de soins de qualité quand les EPE doivent se rendre au boulot en autobus parce qu’elles n’ont pas les moyens de vivre dans le quartier? demande Rachel. Ces gens ne font même pas partie de la communauté, alors que ces services reposent entièrement sur la communauté et l’établissement de relations. » 

Selon Rachel, les SGEE ont le potentiel d’être accessibles, abordables, de qualité et adaptés à la culture des enfants, mais les gouvernements doivent faire le nécessaire. 

Elle affirme que le gouvernement de l’Ontario devrait commencer par travailler en véritable partenariat avec le secteur pour élaborer une stratégie de main-d’œuvre qui comprend une rémunération adéquate incluant des avantages sociaux et un régime de retraite. Pour y parvenir, le gouvernement doit s’engager à faire preuve de transparence auprès des communautés et du secteur, ajoute-t-elle.  

« Il n’y a pas de services de garde éducatifs à l’enfance sans main-d’œuvre. Et sans conditions de travail décentes, il n’y a pas de main-d’œuvre », souligne-t-elle. Elle dit que le gouvernement de l’Ontario doit maintenant agir en connaissance de cause, de peur que la crise ne s’aggrave. Les familles, les communautés, les enfants et les EPE ne peuvent pas se permettre de perdre une ou un EPE de plus.