It's time for child care for all - Des services de garde éducatifs pour tous

Argent: Ottawa dépense moins de la moitié de ce qu’il devrait

À première vue, on pourrait croire que 2017 a été une très bonne année pour les services de garde au Canada. Pour une première fois depuis plus d’une décennie, le budget fédéral contient du financement à long terme pour les services éducatifs et de garde des jeunes enfants.

Le problème: ce financement est loin d’être suffisant pour nos enfants. Et le budget limite les dépenses à un niveau manifestement insuffisant.

Le gouvernement fédéral ne dépensera que 500 à 540 millions de dollars par année au cours des cinq premières années. Or, selon notre analyse, les services de garde ont besoin deux fois plus que cela, soit 1,2 milliard de dollars en 2017. Et il faut des augmentations annuellement jusqu’à ce que les investissements du Canada en matière de services éducatifs et de garde à l’enfance atteignent la norme internationale d’un pour cent de son PIB. Un financement à cette hauteur permettrait à tous les ordres de gouvernement de doter l’ensemble du pays de services de garde de bonne qualité, inclusifs, abordables et universellement accessibles.

Places: notes d’espoir, mais pénuries partout

Le nombre de places en services de garde réglementés suffit à répondre aux besoins de seulement un enfant sur quatre âgés de moins de six ans au pays. La pénurie de place est encore plus grave pour les bébés, les enfants qui ont des besoins particuliers, les familles en milieu rural et les parents dont les horaires de travail sont non usuels.

Les gouvernements affirment que l’augmentation du nombre de places est une priorité. La bonne nouvelle c’est que certaines provinces ont pris des engagements importants à cet égard:

  • Ontario: 100 000 nouvelles places réglementées au cours des cinq prochaines années
  • Île-du-Prince-Édouard: 200 places de plus pour les bébés et les enfants d’âge préscolaire d’ici 2020
  • Manitoba: 739 nouvelles places autorisées (financement pour les immobilisations)
  • Colombie-Britannique: 4 100 nouvelles places
  • Alberta: 1 000 nouvelles places dans des garderies à but non lucratif existantes ou nouvelles, et des tarifs plafonnés à 25 dollars par jour

Mais ces mesures feront peu pour combler l’écart entre les besoins et l’offre. D’une part, faute d’une réforme complète des services de garde à l’échelle du Canada, les parents n’auront pas les moyens de se payer ces nouvelles places.

De plus, la création de nouvelles places ne servira à rien à moins d’avoir du personnel bien formé. Le Canada fait face à une crise nationale en matière de recrutement et de rétention d’éducatrices et d’éducateurs qualifiés en raison des faibles salaires versés dans le secteur et des conditions de travail souvent difficiles.

Abordabilité: encore trop chers

Le coût des services de garde réglementés est souvent trop élevé pour les familles. Les frais de garde médians varient de 451 dollars par mois par enfant dans une garderie préscolaire à Winnipeg à 1 649 dollars par mois pour la garde d’un poupon à Toronto. Et les tarifs augmentent plus rapidement que l’inflation. Le Québec fait exception : le gouvernement finance directement le fonctionnement des services de garde dans cette province.

Partout ailleurs, la majorité des fonds publics pour les services de garde est affectée aux subventions pour frais de garde destinées aux parents à faible revenu admissibles. Et encore, dans quelques provinces, les parents qui reçoivent la pleine subvention pour frais de garde doivent néanmoins débourser de leur poche une somme supplémentaire importante.

Beaucoup de parents en Ontario sont inscrits sur de longues listes en attente d’une subvention pour frais de garde, tandis que des familles à faible revenu du Québec, malgré le tarif minimal de 7,75 dollars par jour par enfant, trouvent que c’est encore trop cher.

Certaines provinces compensent le coût élevé des services de garde pour les enfants âgés de quatre et de cinq ans en offrant à plus grande échelle la prématernelle et la maternelle, des programmes financés dans le cadre du système d’éducation public. Mais, outre ces mesures, les gouvernements ont peu fait au cours des dernières années pour réduire le coût des services de garde.

Qualité: le marché a toujours préséance sur les enfants.

À l’échelle internationale, les preuves sont nombreuses démontrant qu’en traitant les services de garde comme des biens de consommation, il n’est pas possible d’offrir des services de qualité. Pourtant, c’est l’approche que privilégie encore une majorité de gouvernements au Canada. Et la qualité en souffre.

Ce constat s’applique à tous les aspects qui ont une incidence sur la qualité des services de garde, notamment : la santé, la sécurité et l’alimentation; des installations bien entretenues et aménagées pour les enfants; des possibilités de jeux (actifs et tranquilles, à l’extérieur et à l’intérieur) et de repos; le développement affectif, intellectuel et social des enfants; des interactions positives avec les adultes et les autres enfants; le soutien des parents et la communication; et le respect de la diversité et de la différence.

Un cadre bien planifié en matière de services de garde peut servir à améliorer la qualité à tous les niveaux : meilleure formation du personnel, salaires plus élevés, financement suffisant et pratiques à la fine pointe dans le domaine de l’éducation à la petite enfance. Mais pour cela, le système doit être géré par les pouvoirs publics et non pas reposer sur les lois du marché.

Malheureusement, l’augmentation des investissements publics sert principalement à rapiécer les trous dans un système disparate et bigarré plutôt qu’à bâtir un réseau solide et bien planifié de services de garde à l’enfance. Le Québec, notamment, a fait d’énormes pas en arrière en choisissant d’investir davantage dans les garderies commerciales plutôt que de consolider son secteur de services de garde à but non lucratif financé à même les fonds publics.

Promotion et recherche: un mouvement pour des
services de garde abordables en pleine croissance

La réémergence d’un mouvement dynamique et coordonné de parents et d’autres personnes qui, tous ensemble, repositionnent la question des services de garde au cœur du débat public est le point le plus brillant à l’horizon. Les services de garde sont devenus un enjeu qu’aucun gouvernement ni aucun parti politique ne peuvent ignorer.

Mais les organisations qui portent le dossier ont du mal à survivre. Et les chercheurs dans le domaine des services de garde font face à des pressions grandissantes depuis que les conservateurs de Stephen Harper ont coupé les fonds pour la promotion et la recherche appliquée. Pour avoir de bons services de garde à l’enfance et des politiques fondées sur des faits probants, il faut absolument de la recherche, des données rigoureuses et un engagement démocratique avec les intervenants et la collectivité.

Le temps est venu pour le gouvernement fédéral de jouer à nouveau son rôle et de financer l’infrastructure, à savoir la promotion, la collecte de données et la recherche, autant de facteurs qui aident à bâtir un secteur solide et résilient apte à fournir à toutes les familles qui en ont besoin au Canada des services de garde de qualité.

Plus de enjeux

Pour avoir une meilleure idée de la situation des services de garde à l’enfance au Canada en ce moment, lisez notre rapport intitulé: “Coup d’œil sur les services de garde au Canada”. Voyez comment les provinces se comparent entre elles, où ont été apportées des améliorations et où beaucoup de travail reste à faire.